La linguaphilie, parfois écrite « linguaphillie », est un mot à double sens. Dans la langue courante, un linguaphile est un amateur de langues étrangères. Dans certains lexiques consacrés au fétichisme, le terme désigne une attirance érotique liée à la langue, qu’il s’agisse de l’organe ou de la manière de parler.
Le latin lingua explique cette ambiguïté. Il désigne à la fois la langue que l’on parle et celle que l’on a dans la bouche.
Deux sens à ne pas confondre
Le premier sens n’a rien de sexuel. Il décrit le plaisir d’apprendre des langues, de les comparer ou d’en collectionner les mots. C’est le sens que vous trouverez dans la plupart des usages.
Le second sens appartient au vocabulaire du fétichisme. Aucune classification médicale ne le définit, et les lexiques en ligne ne s’accordent pas toujours sur son contenu. Il recouvre en gros deux attirances :
- l’attirance pour la langue en tant que partie du corps, sa forme, ses mouvements, le baiser
- l’attirance pour une langue parlée, un accent ou une façon de prononcer, qui suffit à éveiller le désir
Ce mot apparaît dans la rubrique du vocabulaire fétichiste, avec les autres termes en -philie.
L’attirance pour la langue, partie du corps
Ce premier versant rejoint les fétiches centrés sur le visage. Il se rapproche de l’attirance pour la bouche, où les lèvres, les dents ou le sourire prennent une place à part. Chez certaines personnes, c’est la langue elle-même qui attire, sa mobilité ou la façon dont elle apparaît quand l’autre parle ou rit.
Ce goût se vit le plus souvent de façon ordinaire, dans le baiser ou le regard. Il n’a rien d’inquiétant.
Quand c’est la voix qui attire
Le second versant est plus subtil. Un accent, une langue étrangère ou un vocabulaire précis déclenchent le désir. Certaines personnes sont sensibles aux mots crus, d’autres à une langue qu’elles ne comprennent pas et dont seule la musique compte.
Le lexique contient un terme voisin, la narratophilie, qui désigne l’excitation provoquée par des récits ou des mots à caractère sexuel. Les deux notions se recoupent quand c’est le discours, plus que la voix, qui compte.
Une préférence comme une autre
La CIM-11 de l’OMS est claire sur ce point général. Une attirance qui s’écarte des normes sociales ne suffit pas à poser un diagnostic. Seules une détresse marquée, ou un risque sérieux de blessure, peuvent faire parler de trouble, et ce n’est pas le cas ici.
Le vrai sujet, s’il y en a un, est relationnel. Demander à un partenaire de parler une langue ou de prendre un accent pendant un moment intime se discute, et sa réponse se respecte.
Comment s’y retrouver
Si vous lisez « linguaphile » sur un CV ou un profil de voyageur, il s’agit presque toujours d’un amateur de langues. Dans un contexte érotique, le mot renvoie à la langue comme partie du corps ou à la voix. Le contexte suffit en général à trancher.