Le pied a inspiré plus d’histoires qu’on ne le croit. Contes, romans libertins, poèmes ou récits d’amateurs : l’attirance pour les pieds traverse la littérature depuis des siècles. Cette page rassemble les plus marquantes, des plus anciennes aux plus récentes.
Elle ne parle ni de célébrités ni de rumeurs. Seulement de textes, et de ce qu’ils disent du désir.
Cendrillon, ou le pied qui révèle
Le conte de Cendrillon, dans la version de Charles Perrault publiée en 1697, repose tout entier sur un pied. Le prince ne reconnaît pas la jeune femme à son visage, mais à la pantoufle de verre qui seule lui va. Toutes les dames du royaume l’essaient, et aucune n’y parvient avant elle.
L’histoire est bien plus ancienne que Perrault. En Chine, un recueil du IXe siècle signé Duan Chengshi raconte déjà celle de Ye Xian, une jeune fille maltraitée par sa belle-mère qui perd une chaussure dorée lors d’une fête. Le roi qui finit par l’obtenir fait chercher dans tout le pays le pied assez fin pour la porter.
Le conte n’a évidemment aucune intention érotique. Mais il montre la place que tient le pied, petit et unique, dans l’imaginaire de la séduction. La chaussure y sert de preuve, presque de signature.
Le pied de Fanchette, le classique du genre
Le roman le plus célèbre consacré au pied est sans doute Le pied de Fanchette, de Rétif de La Bretonne. Le catalogue de la BnF en conserve l’édition originale de 1769, en trois parties, sous le titre complet « Le pied de Fanchette, ou L’orfeline française », présentée comme une « histoire intéressante et morale ». Les titres et les notes y sont imprimés en rouge, un luxe pour l’époque.
L’héroïne, une jeune orpheline, attire tous les regards par la finesse de son pied et l’élégance de ses souliers. Autour d’elle, les prétendants se succèdent, et c’est presque toujours le pied qui les trouble en premier. Le roman suit ces tentatives de séduction, et son sous-titre promet au lecteur une fin morale.
Rétif ne cachait pas son goût pour les pieds et les souliers féminins, qui revient dans toute son œuvre, jusque dans son autobiographie, Monsieur Nicolas. Son nom a même servi à désigner ce penchant : on parle parfois de « rétifisme » pour le fétichisme de la chaussure.
Pouchkine et les « petits pieds »
Au début d’Eugène Onéguine, son roman en vers, Alexandre Pouchkine décrit un bal à Saint-Pétersbourg. Puis il s’interrompt. Pendant cinq strophes du premier chapitre, le narrateur abandonne son héros pour parler des pieds des femmes.
Il avoue aimer « leurs petits pieds » et se plaint qu’on en trouve à peine trois paires vraiment belles dans toute la Russie. Il se souvient d’une paire en particulier, qu’il n’a jamais pu oublier, et d’une mer dont il enviait les vagues venues mourir à ses pieds. Le passage est resté l’une des digressions les plus connues de la poésie russe.
Ce qui frappe, c’est le ton. Pouchkine en parle avec nostalgie et un peu d’ironie, comme d’une faiblesse qu’il assume.
Les bottines de Monsieur Rabour
En 1900, Octave Mirbeau publie Le Journal d’une femme de chambre. Dès le premier chapitre, la narratrice, Célestine, raconte une place qu’elle a occupée chez un vieux monsieur de Touraine. Le cocher qui vient la chercher à la gare lui demande, l’air moqueur, si elle a apporté « une bonne provision de bottines ». Elle ne comprend pas la question.
Elle comprend vite. Son nouveau maître ne regarde que ses bottines. Il exige qu’elle les dépose chaque soir dans sa chambre et s’occupe lui-même de les cirer. Le récit tourne à la farce macabre : quelques jours plus tard, Célestine le retrouve mort, une de ses bottines serrée entre les dents.
Mirbeau en fait une satire de la bourgeoisie plus qu’un éloge du fétiche. Luis Buñuel a porté le roman à l’écran en 1964, avec Jeanne Moreau, et n’a pas oublié la scène des bottines.
Ce qu’en disait Freud
Freud s’est intéressé à la question au début du XXe siècle. Dans ses Trois essais sur la théorie de la sexualité, il écrit que le pied est un symbole sexuel très ancien, que l’on trouve déjà dans la mythologie. Il en fait l’un des exemples types du fétiche, à côté des cheveux et de certains vêtements.
Son explication a vieilli, mais l’observation tient. Le pied revient dans les récits de toutes les époques, de Cendrillon à Mirbeau.
Les récits d’amateurs
À côté des grands textes, il y a les histoires plus personnelles. Les récits publiés sur le site prolongent cette tradition sur le ton du témoignage. Ils racontent une découverte, un premier aveu à un partenaire ou une rencontre, avec des mots de tous les jours.
Pour remonter le fil, la page sur l’histoire de cette attirance replace ces textes dans leur époque. La rubrique consacrée au fétichisme des pieds reprend les bases. Et si les objets vous intéressent autant que le corps, vous trouverez aussi des histoires de fétichisme des objets, où l’on croise Pygmalion et Maupassant.
Pourquoi ces histoires nous parlent
Ces textes rappellent qu’un désir jugé étrange a souvent une longue histoire. Le pied de Fanchette a plus de deux siècles et demi, Pouchkine écrivait il y a deux cents ans, et ils se lisent encore.
Pour qui découvre ce goût, je trouve qu’il y a là quelque chose d’apaisant. Il a inspiré des écrivains bien avant les forums, et il continue d’en inspirer.