En Corée du Sud, « white horse » est la traduction d’un mot d’argot, 백마 (baekma, prononcé « baengma »), littéralement « cheval blanc ». Dans cet usage, le cheval blanc est une femme blanche, réduite à un objet de désir sexuel. L’expression complète, 백마를 타다 (« monter le cheval blanc »), décrit un homme coréen qui couche avec une femme blanche.
Le mot est grossier, et il est surtout dégradant. Il appartient à la même famille que le fétichisme dit asiatique, mais dans l’autre sens : ici, c’est la blancheur qui devient un fantasme.
Une expression de conquête
L’anthropologue Sealing Cheng a recueilli l’expression « planter le drapeau coréen » (태극기를 꽂다) en 1999, au cours d’une enquête sur des hommes coréens qui fréquentaient ensemble les quartiers de prostitution. Autour d’une bière, cinq collègues d’une même entreprise évoquaient leur désir de femmes étrangères.
Cette formule désignait le fait, pour un homme coréen, de coucher avec une femme non coréenne, de préférence blanche. Le corps de la femme y tient lieu de territoire étranger, et l’acte sexuel devient une conquête nationale. La femme blanche était la cible principale de ce fantasme, avec son propre mot d’argot : monter le cheval blanc.
Le contexte compte. Ces hommes avaient grandi avec des magazines pornographiques américains passés en contrebande depuis les bases militaires, et nourrissaient une inquiétude sur leur virilité face aux hommes blancs.
Coucher avec une femme blanche devenait une preuve.
Un mot toujours en circulation
Le mot n’a pas disparu. En 2013, le quotidien coréen Kyunghyang Shinmun le définissait comme un terme d’argot qui rabaisse les femmes blanches. Lors de la première réunion de l’association Hollaback à Séoul, une Irlandaise de 23 ans racontait qu’un homme d’âge mûr l’avait abordée pour lui demander combien coûtait un « cheval blanc » comme elle.
Une étude parue en 2024 dans la revue Men and Masculinities relève le même vocabulaire dans des commentaires en ligne, qui opposent des Coréennes jugées trop féministes à des femmes blanches présentées comme idéales. Certains hommes parlent de « chevaux blancs », et de « femmes sushi » pour les Japonaises. Un cheval se monte, un sushi se mange. Dans les deux cas, la femme devient une chose qu’on consomme.
Pourquoi cette fétichisation pose problème
Trouver une personne attirante, quelle que soit son origine, ne pose aucun problème. Le glissement commence quand la couleur de peau devient le critère, et la personne un trophée à exhiber devant ses amis.
Le fantasme du cheval blanc cumule deux réductions. Il réduit une femme à son origine supposée, puis à son corps. Il ne dit rien de ce qu’elle veut ni de ce qu’elle accepte. Une femme blanche qui vit en Corée n’a pas à porter le poids de l’histoire de la virilité coréenne.
Et le même mécanisme vaut dans tous les sens. Que l’on fantasme sur les Asiatiques, les Blancs ou les Noirs, la catégorie passe avant la personne.
Pour une rencontre respectueuse
Si vous entendez ce mot, vous savez maintenant ce qu’il recouvre. Il figure dans le glossaire des définitions fétichistes pour être défini, pas pour être repris. Ne le reprenez pas pour plaisanter, même entre amis, et encore moins devant la personne concernée.
Faites aussi le test du miroir. Accepteriez-vous qu’on parle de vous comme d’une monture ? Si la réponse est non, parlez de ce qui vous plaît chez une personne précise. Et rappelez-vous que le consentement ne se devine pas : il se demande, il se donne librement et il peut se retirer à tout moment.