L’agalmatophilie désigne une attirance sexuelle pour les statues, les mannequins ou les poupées à forme humaine. Le mot vient du grec agalma, « statue » ou « ornement offert aux dieux », et du suffixe -philie. L’attirance peut porter sur l’objet lui-même ou sur l’idée d’un corps figé, parfait et immobile.
C’est l’une des paraphilies les plus anciennes dans la littérature.
Le mythe de Pygmalion
L’histoire la plus célèbre vient d’Ovide. Dans le livre X des Métamorphoses, le sculpteur Pygmalion, choqué par la conduite des femmes qu’il voit autour de lui, façonne une statue d’ivoire d’une beauté parfaite. Il en tombe amoureux, la couvre de cadeaux et la couche dans son lit. Lors de la fête de Vénus, il prie la déesse de lui donner une épouse semblable à sa statue, et à son retour l’ivoire s’anime sous ses mains.
Chez Ovide, la statue n’a pas de nom. C’est bien plus tard qu’elle devient Galatée, en particulier dans le Pygmalion de Jean-Jacques Rousseau, une scène lyrique jouée en 1770. Le mythe a ensuite inspiré des siècles de peinture, de théâtre et de cinéma, jusqu’à la pièce Pygmalion de George Bernard Shaw, où la statue devient une jeune femme qu’un professeur veut « façonner ».
Il donne aussi son nom à l’« effet Pygmalion » en psychologie, qui n’a rien à voir avec la sexualité.
Les formes actuelles
Aujourd’hui, l’agalmatophilie peut viser des statues de musée, des mannequins de vitrine ou des poupées réalistes. Certaines personnes sont surtout attirées par l’esthétique, la pierre, le marbre ou les proportions idéales. D’autres le sont par l’immobilité, qui permet de projeter un fantasme sans réponse de l’autre.
Le mannequin de vitrine occupe une place particulière. Il est fait pour être regardé, il porte des vêtements et prend des poses humaines, mais il reste inerte. Pour certains amateurs, c’est ce mélange de présence et d’absence qui trouble.
Il existe aussi une forme plus imaginaire, qui ne passe par aucun objet. Le fantasme est alors celui d’un partenaire qui deviendrait statue, figé dans une pose, immobile et silencieux. Ce jeu d’immobilité peut se vivre entre adultes consentants, comme un jeu de rôle, sans rien d’autre que l’imagination et un accord clair.
Le site détaille le versant artistique dans un article sur le fétichisme des sculptures et des statues.
Statue ou poupée, une nuance utile
On confond souvent l’agalmatophilie et le fétichisme des poupées. La nuance tient à l’objet. La statue et le mannequin sont faits pour être vus, pas pour être touchés. La poupée réaliste, elle, est souvent fabriquée pour l’intimité, avec une peau souple et des articulations.
L’agalmatophile est d’abord attiré par une figure, une forme idéale ou une immobilité. L’amateur de poupées cherche plus souvent une présence, voire une compagnie. Les deux goûts se croisent, et la fiche consacrée aux poupées décrit ce second versant plus en détail.
Des termes voisins
L’agalmatophilie appartient à une famille de mots proches, présentés dans l’index des paraphilies. L’un d’eux, l’ursusagalmatophilie, désigne une attirance pour les ours en peluche ou les figurines d’ours.
Ce qui reste acceptable
Admirer une statue, même avec trouble, n’a rien de répréhensible. Le problème commence quand l’attirance pousse à toucher ou abîmer des œuvres dans un lieu public. Les musées protègent leurs collections, et une dégradation reste une infraction, quelle que soit la motivation.
Dans un cadre privé, avec des objets dont on est propriétaire, ce goût ne concerne que soi. Comme pour toute paraphilie, il ne devient un sujet que s’il fait souffrir ou isole.
Si vous souhaitez en parler à un partenaire, le jeu d’immobilité est souvent une porte d’entrée plus simple qu’un objet. Il ne demande rien d’autre qu’une envie partagée, et chacun peut l’arrêter quand il veut.
Ce que dit le mythe
Chez Ovide, Pygmalion se détourne des femmes réelles avant de sculpter la sienne. Je trouve que c’est la lecture la plus juste de l’agalmatophilie : un fantasme de perfection qui ne déçoit pas, parce qu’il ne répond pas. Rien d’étonnant à ce qu’il fascine depuis deux mille ans.